Interviews -> Rachid djaïdani et habib naghmouchin
ITV DE RACHID DJAÏDANI ET HABIB NAGHMOUCHIN
Illustration

Question: Qu'est ce qui vous a poussé à écrire Boumkoeur?
Réponse RACHID:
Quand j'ai écrit Boumkoeur, l'envie était d'abord d'intéresser le lecteur, à travers tous les préjugés et les clichés qu'on peut associer à la banlieue pour ensuite, en isolant mes personnages qu' on finisse par être touché par la relation de deux humains...  j'avais conscience qu'en venant avec une histoire très intimiste, certains allaient me dire que ce n'était pas la banlieue qu'ils voulaient voir.
Je les ai donc piégés, ferrés puis Harponné! (rire)

Question: On a parlé de vous comme d'un écrivain de banlieue?
Réponse RACHID:

De mon point de vue la banlieue je m'en fous, de la même manière qu'on se fiche de savoir qu'Hamlett se passe dans un château au Danemark...L'important c'est de se reconnaître dans les personnages.
Nous notre combat est de montrer qu'il s'agit d'une pièce avec un auteur, un metteur en scène , des comédiens, une réflexion ...Si en sortant le spectateur se dit qu'il a vue une pièce sur la banlieue, quelque part c'est qu'on n’a pas bien fait notre travail...

Question: Quel accueil votre livre a t'il reçu auprès des maisons d'éditions?
Réponse RACHID: Au départ on a cru que je n'en étais pas l'auteur, j’étais maçon, boxeur, issu de banlieue pour eux c'était impossible .Mais, en dehors de cette maladresse ça c'est plutôt bien passé.

Question: Et en ce qui concerne la pièce ?
Réponse HABIB:
Pour Boumkoeur ça a été un peu difficile pas d'un point de vue créatif puisque, nous avons une certaine indépendance pour imposer notre point de vue mais pour toucher notre public.
Malgré un mailing de 6000 personnes qui viennent régulièrement voir nos créations, cette fois nous n'avons eu aucun retour, pas de réponse....
Cette question m'intéressait et nous en cherchions les raisons et puis arrivé à la première, pendant un mois nous avons été tout le temps plein...Mais vraisemblablement pas avec le public d'habitués qui viennent voir nos créations. Pourquoi ? Parce qu'ils ont peur, parce qu'ils ont un préjugé. Du coup on a découvert un autre public qui était touché ...C'est là qu'on s'est dit qu'il y avait encore beaucoup de travail à faire dans ce pays...
Maintenant pour être franc je vais vous dire, je m'en fiche, ce n'est pas moi qui ai un problème. Je ne vais pas culpabiliser. Le problème n'est même plus racial ou religieux , c'est bien plus profond que ça, il s'agit vraiment de peur : la banlieue fait peur et c'est un problème français qu'il faudra régler.

Réponse RACHID: Surtout que la peur peut vraiment être réciproque. Moi quand je venais à Paris, personnellement j'avais peur....Peur parce que je venais de ma banlieue, peur parce que je n'avais pas les codes, peur parce que je n'avais jamais regardé une fille dans les yeux, parce que j'avais pas d'argent, parce que je me sentais regardé , observé, traqué.

Question: Est ce que certaines fois on n’ a pas envie de laisser tomber devant toutes ces difficultés?
Réponse RACHID: Finalement tout ça est normal , quand tu vois un documentaire sur des anciens écrivains tu t'aperçois que eux aussi ont galéré. Il faut être courageux car c'est nécessaire de continuer à créer même si c'est dans la douleur...Après tout si tout le monde disait de Boumkoeur que c'était formidable, peut être qu'on serait là comme des pachas. On doit rester des artisans et continuer à faire notre travail.
Je ne suis que la première génération, avant moi il n'y avait personne.
Mon père ne sait pas lire, mon arrière grand père n'est pas né ici. Donc on se construit nous aussi ....On est tout neufs ....Boumkoeur est notre première création, on va continuer à travailler en gardant à l'esprit que l'essentiel est de ne pas s'essouffler. C'est une course de fond.

Réponse HABIB: Il faut qu'on reste des Samurai. La pire des choses serait surtout de se laisser convaincre qu'on n’est pas capable de réussir.

 
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