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ITV DE Christophe Nick
Illustration

Question : Pourquoi les médias ne s’intéressent-ils à la banlieue que lorsqu’elle brûle ?
Réponse :
Le spectaculaire intéresse les médias, parce que ceux qui regardent les médias aiment le spectacle, c’est notre problème de spectateur aussi. La question c’est pourquoi la violence, nous intéresse autant ? Ca ne date pas des médias, si vous reprenez l’Iliade et l’Odyssée par exemple ce n’est qu’une histoire de violence... Est-ce que la violence n’est pas quelque part ce qui permet de mieux observer les dysfonctionnements d’une société ? Seulement, et c’est là qu’on arrive à votre sujet sur les discriminations, il y a des violences qu’on accepte et d’autres qu’on n’accepte pas. On ne tolère pas des voitures qui brûlent ? Et pourtant une femme sur dix est battue en France, on ne le voit pas souvent, ça, à la télé. Le problème du média, c’est qu’il va vous donner ce que vous avez envie de voir, parce que pour lui, l’enjeu, c’est d’avoir du monde qui le regarde... Mais ce n’est pas le problème de la violence ou de ce qui brûle, c’est le problème du choix qui est fait.

Question : Pourquoi les minorités sont-elles aussi sous représentées dans les médias ?
Réponse :
Les médias sont pris dans des grandes contradictions, on peut prendre tous les présentateurs télé, les filles sont blondes avec les yeux bleus et les garçons un peu bronzés avec les cheveux châtains... ça c’est le look pour passer à la télé. C’est pas vraiment la réalité de la France... Mais ils le savent. De même qu’à l’Assemblée nationale il n’y a qu’une douzaine de femmes sur 550 députés, alors qu’un électeur sur deux est une femme... Que faire pour que ça change ? Certains essayent d’imposer, de mettre un présentateur noir par exemple, mais il y a quelque chose de complètement bloqué en France... Ce n’est pas que le problème du média, c’est ça qu’il faut voir... Si le média amplifie, le média est aussi le reflet d’une réalité. On est dans un pays qui est complètement bloqué sur ces questions. La représentation médiatique est la même que la représentation politique, il y a très peu de gens issus de l’immigration dans la politique française, et il faut se battre pour que ça change. Les médias n’évolueront que quand le pays évoluera...

Question : N’est-ce pas justement pour se donner bonne conscience qu’il y a aujourd’hui un peu plus de minorités à la télévision ?
Réponse :
Les minorités à la télé c’est une obligation... Ce n’est pas se donner bonne conscience... Il faut bien commencer par quelque chose et c’est difficile. La preuve on n’y arrive pas. Il y a une résistance mais il faut l’imposer car c’est un combat noble, symbolique peut être mais aussi essentiel.

Propos recueillis par Rekia Djamil, Lindsay Moussounda, Maximilien Boumaïda
• octobre 2008

 
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