Question : Qu’est-ce que la discrimination ?
Réponse : Le concept de discrimination n’est pas propre à la culture
française, c’est un concept qui vient des états-Unis et qui est lié aux droits
civiques... En France c’est quelque chose de récent... évidemment on est
la nation des « droits de l’Homme », et c’est une énorme avancée, mais
d’un autre côté, fort de ce super principe, on a laissé se mettre en place
des systèmes inégalitaires et donc discriminants...
Question : On parle souvent de discrimination positive, d’après vous,
est-ce une solution ?
Réponse : Personnellement je suis pour... Un temps, 10 ans, 15 ans...
Vous savez sans la loi sur la parité il n’y aurait probablement toujours
pas de femmes dans les conseils municipaux. Moi quand je rentre
au Conseil général, à l’assemblée délibérative, qu’est-ce que je vois ?
Presque uniquement des hommes blancs de plus de 50 ans. Donc triple
discriminations : de genre, générationnelle, et puis pas de personnes de
couleur. Dans une région comme l’Île-de-France, on peut s’interroger sur le
pourquoi de cette absence des gens de couleurs. La discrimination positive
peut servir à rétablir un différentiel. Bien sûr ce n’est pas un objectif de
société mais ponctuellement pour un temps, ça vaudrait la peine d’essayer,
d’expérimenter.
Question : Comment lutter ?
Réponse : Pour soi-même, l’idée c’est déjà d’arriver constamment à
déconstruire ses représentations négatives pour les reconstruire autrement,
en remettant de l’égalité. C’est déjà une vraie « gymnastique » citoyenne.
D’un point de vue juridique, beaucoup de gens parlent de discrimination
sans bien savoir de quoi il s’agit, sans savoir même qu’il existe des lois,
sans savoir qu’on peut interpeller la Halde (Haute Autorité de Lutte contre
les Discriminations et pour l’égalité). Du coup, il y a très peu de procès
en France et comme la notion de discrimination invalide fortement nos
principes républicains, on fait plutôt de la médiation. J’attends le jour où
les entreprises qui discriminent seront « épinglées ». Il existe un arsenal
juridique et il faut le connaître, car on ne peut pas parler de droit si on ne
connaît pas la loi.
Propos recueillis par Lindsay Moussounda, Rekia Djamil, Yanisse
Lalouci
• février 2008