Interviews -> J.F. Amadieu
ITV DE JEAN FRANCOIS AMADIEU
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Question : Qu’est-ce qui conduit à la discrimination ?
Réponse : Ce qui souvent conduit à une discrimination, c’est le fait que les gens s’aiment bien eux-mêmes, ce qu’on appelle l’égotisme, du coup ils vont avoir tendance à aimer ce qui est comme eux. Et automatiquement quand les gens sont différents de soi ou de son milieu on les apprécie moins, on les aime moins, on a des préjugés...


Question : Différences entre préjugés, stéréotypes et discriminations ?
Réponse :
Quelqu’un peut très bien avoir un préjugé, il a des représentations des défauts ou des qualités d’une personne par exemple de telle origine, lui attribuer les qualités d’honnête, de malhonnête, d’intelligent ou pas intelligent etc. Ca c’est le préjugé ou le stéréotype. Ensuite il y a la décision que cette personne va prendre si il recrute. Est-ce que ce préjugé va avoir une conséquence discriminatoire ? Pas forcément, quelqu’un peut être raciste et ne pas discriminer.


Question : Qu’est-ce que la discrimination positive ?
Réponse :
La discrimination positive consiste à donner un avantage, par exemple dans l’accès aux études supérieures ou dans l’accès à un emploi, à un individu en raison d’une caractéristique qui fait que d’habitude il est discriminé (en raison de son origine, de son sexe, de son âge etc.).


Question : La discrimination positive est-elle une solution ?
Réponse :
Pour moi, non. Le premier problème qu’on a c’est d’arriver à fixer les critères qu’on va utiliser, sans être injuste, ce qui est compliqué, car on va donner un avantage à quelques-uns, mais à qui précisément ? Qui bénéficiera et qui n’aura pas droit à cet avantage ? Déjà, pour arriver à le faire, il va falloir mesurer et classer les gens en termes de types raciaux comme le font les Américains, ce qui n’est pas dans la tradition française. Le second problème que vous avez avec la discrimination positive, c’est qu’il y a de nombreuses raisons qui font que vous pouvez être discriminé et donc si on veut être juste on ne peut pas travailler sur un seul critère et dire on va choisir cet élément-là plutôt qu’un autre. La chose qu’on craint aussi avec la discrimination positive, c’est que les communautés, les groupes fassent pression pour faire reconnaître leur spécificité, pour se compter et obtenir un avantage. Grosso modo, c’est une course pour obtenir une reconnaissance et des droits particuliers pour la communauté. Du coup il y a une compétition qui s’instaure entre les communautés. On rassemble les gens autour d’une identité qui peut être « une identité noire ou identité religieuse » par exemple. Ce phénomène-là, complique la lutte contre les discriminations pour l’égalité parce que cela va contribuer au contraire à renforcer les différences. En fait pour lutter contre les discriminations, il vaut mieux ne pas discriminer par exemple à l’embauche et imposer cette non discrimination. Mettre de l’égalité dès le début, quand on y arrive, c’est quand même mieux.


Question : Peut-on espérer voir disparaître la discrimination ?
Réponse :
Les discriminations portent sur un tel ensemble de domaines et de motifs différents qu’il est impossible d’espérer arriver à en venir à bout, d’ailleurs quand on parvient à lutter contre une forme de discrimination, d’autres apparaissent etc. Par contre ce qu’on peut faire c’est réduire sensiblement le niveau du phénomène. Par exemple, quand vous avez trois fois moins de chances d’obtenir un entretien parce que vous portez un nom maghrébin ou africain que quelqu’un qui aurait un nom et prénom français de souche, c’est sur ce « trois fois moins » qu’on va agir. On s’attaque pour le moment à ce qui est considérable et on obtient des résultats.

Propos recueillis par Maximilien Boumaïda, Rekia Djamil, Yanisse Lalouci
• octobre 2008

 
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